L’assurance emprunteur représente en moyenne 25 à 35 % du coût total d’un crédit immobilier. Pourtant, la plupart des emprunteurs acceptent sans discuter l’assurance proposée par leur banque. C’est une erreur qui peut coûter entre 5 000 et 20 000 € sur la durée du prêt. Voici comment faire le bon choix.
Qu’est-ce que l’assurance emprunteur ?
L’assurance emprunteur protège à la fois l’emprunteur et la banque en cas d’accident de la vie. Si vous ne pouvez plus rembourser votre crédit (décès, invalidité, incapacité de travail), l’assurance prend le relais.
Bien qu’elle ne soit pas légalement obligatoire, aucune banque n’acceptera de vous prêter sans cette garantie. Elle est donc obligatoire dans les faits.
Les garanties principales
Garanties obligatoires :
- Décès (DC) : L’assurance rembourse le capital restant dû en cas de décès de l’emprunteur
- Perte totale et irréversible d’autonomie (PTIA) : Même couverture si l’emprunteur ne peut plus exercer aucune activité
Garanties complémentaires :
- Incapacité temporaire de travail (ITT) : Prise en charge des mensualités pendant un arrêt de travail
- Invalidité permanente totale (IPT) : Couverture en cas d’invalidité supérieure à 66 %
- Invalidité permanente partielle (IPP) : Couverture en cas d’invalidité entre 33 et 66 %
- Perte d’emploi : Prise en charge partielle des mensualités en cas de licenciement
Quotité d’assurance
La quotité définit le pourcentage du capital assuré pour chaque emprunteur. Pour un emprunt seul, la quotité est de 100 %. Pour un couple, vous pouvez répartir la couverture :
- 100 % / 100 % : Protection maximale. En cas de décès de l’un, le crédit est intégralement remboursé
- 50 % / 50 % : Moins cher, mais en cas de décès, seule la moitié du capital est couverte
- 70 % / 30 % : Répartition en fonction des revenus de chacun
Pour une résidence principale, je recommande systématiquement 100 % / 100 % si votre budget le permet.
Assurance bancaire vs délégation d’assurance
L’assurance groupe de la banque
C’est l’assurance proposée par défaut par votre banque lors de la souscription du prêt. Elle fonctionne sur un principe de mutualisation : tout le monde paie le même tarif, quel que soit son profil de risque.
Avantages :
- Simplicité : tout se fait au même endroit
- Acceptation rapide
- Pas de démarche supplémentaire
Inconvénients :
- Tarif souvent plus élevé (surtout pour les jeunes emprunteurs en bonne santé)
- Garanties standardisées, pas toujours adaptées
- Peu de marge de négociation
La délégation d’assurance
Depuis la loi Lagarde (2010), vous avez le droit de choisir librement votre assurance emprunteur auprès de n’importe quel assureur, à condition que les garanties soient au moins équivalentes à celles exigées par la banque.
Avantages :
- Tarif souvent 30 à 50 % moins cher
- Garanties personnalisées à votre profil
- Possibilité de comparer plusieurs offres
Inconvénients :
- Démarche administrative supplémentaire
- La banque peut rejeter le contrat si les garanties sont insuffisantes
- Délai de mise en place légèrement plus long
Exemple chiffré
Pour un emprunteur de 35 ans, non-fumeur, en bonne santé, empruntant 250 000 € sur 20 ans :
| Type d’assurance | Taux | Coût mensuel | Coût total |
|---|---|---|---|
| Assurance banque | 0,34 % | 71 € | 17 000 € |
| Délégation | 0,12 % | 25 € | 6 000 € |
| Économie | 46 €/mois | 11 000 € |
L’économie est considérable. Sur 20 ans, changer d’assurance peut représenter l’équivalent d’une voiture neuve.
Changer d’assurance emprunteur : la loi Lemoine
Depuis la loi Lemoine de 2022, vous pouvez changer d’assurance emprunteur à tout moment, sans frais et sans délai de préavis. Cette loi a considérablement renforcé les droits des emprunteurs.
La procédure de changement
- Comparer les offres : Utilisez des comparateurs en ligne ou faites appel à un courtier
- Souscrire le nouveau contrat : Auprès de l’assureur choisi
- Envoyer la demande de substitution à votre banque avec le nouveau contrat
- Attendre la réponse : La banque a 10 jours ouvrés pour accepter ou refuser (uniquement si les garanties sont insuffisantes)
- Résilier l’ancien contrat : Automatique une fois la substitution acceptée
Les pièges à éviter
- Ne pas vérifier l’équivalence des garanties : La banque peut refuser si les nouvelles garanties sont inférieures
- Oublier la continuité de couverture : Le nouveau contrat doit prendre effet avant la résiliation de l’ancien
- Ignorer les exclusions : Lisez attentivement les exclusions de chaque contrat (sports à risque, maladies préexistantes)
Les critères pour bien choisir son assurance
Le taux d’assurance
C’est le critère le plus visible, mais pas le seul. Le taux est exprimé en pourcentage du capital emprunté (taux sur capital initial) ou du capital restant dû (taux dégressif).
Un taux sur capital restant dû est généralement plus avantageux car les cotisations diminuent au fil du temps, au fur et à mesure que vous remboursez.
Les garanties et leurs définitions
Attention aux définitions précises des garanties :
- ITT « sa profession » vs ITT « toute profession » : La première vous couvre si vous ne pouvez plus exercer votre métier spécifique. La seconde ne vous couvre que si vous ne pouvez exercer aucun métier. La première est bien plus protectrice.
- Franchise : Nombre de jours avant la prise en charge. Une franchise de 30 jours est préférable à 90 jours.
- Délai de carence : Période initiale pendant laquelle aucune garantie ne s’applique.
Les exclusions
Lisez les exclusions avec la plus grande attention :
- Sports à risque (parachutisme, plongée sous-marine, alpinisme)
- Maladies préexistantes
- Pathologies dorsales et psychologiques (souvent exclues par défaut)
- Déplacements à l’étranger
Le questionnaire de santé
Depuis la loi Lemoine, le questionnaire de santé est supprimé pour les prêts inférieurs à 200 000 € par emprunteur dont le terme intervient avant les 60 ans de l’assuré. Au-delà, un questionnaire reste nécessaire.
Le droit à l’oubli permet de ne plus déclarer un ancien cancer après 5 ans de rémission (contre 10 ans auparavant).
Stratégies pour payer moins cher
Souscrire jeune et en bonne santé
Le tarif de l’assurance dépend principalement de votre âge et de votre état de santé au moment de la souscription. Plus vous souscrivez jeune, plus le tarif est avantageux.
Arrêter de fumer
Les fumeurs paient en moyenne deux fois plus cher que les non-fumeurs. Si vous avez arrêté de fumer depuis plus de deux ans, vous pouvez être considéré comme non-fumeur.
Choisir les bonnes garanties
Ne surpayez pas pour des garanties inutiles. Si vous êtes fonctionnaire, la garantie perte d’emploi est superflue. Si vous ne pratiquez aucun sport à risque, inutile de payer un supplément pour les couvrir.
Négocier avec votre banque
Utilisez les devis de la concurrence comme levier de négociation. Si votre banque sait que vous envisagez une délégation, elle peut proposer un tarif plus compétitif pour vous retenir.
Faire appel à un courtier
Un courtier en assurance emprunteur compare les offres de dizaines d’assureurs et négocie pour vous. Sa rémunération est incluse dans le contrat, sans surcoût pour vous.
Conclusion
L’assurance emprunteur n’est pas une formalité à expédier. C’est un poste de dépense majeur sur lequel vous pouvez réaliser des économies substantielles. Comparez systématiquement les offres, n’hésitez pas à opter pour la délégation d’assurance, et profitez de la loi Lemoine pour changer de contrat si votre assurance actuelle est trop chère.
Quelques minutes de comparaison peuvent vous faire économiser plusieurs milliers d’euros. C’est l’un des gestes les plus rentables de votre parcours d’acheteur immobilier.
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