Rendement locatif : calcul brut, net et net-net — exemple complet pour un studio
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Rendement locatif : calcul brut, net et net-net — exemple complet pour un studio

8 min de lecture

Le rendement locatif est le principal indicateur de performance d’un investissement immobilier. Mais parler de « rendement » sans préciser de quel rendement il s’agit ne veut rien dire : il existe trois niveaux de calcul — brut, net et net-net — dont les écarts peuvent atteindre 3 à 4 points. Comprendre ces différences vous évitera de vous faire vendre un investissement sur la base d’un chiffre flatteur qui cache une réalité bien moins attrayante.

Les trois niveaux de rendement locatif

Le rendement brut : l’indicateur de premier regard

Le rendement brut est le ratio le plus simple et le plus souvent mis en avant par les vendeurs et les agents immobiliers. Il ne tient compte d’aucune charge ni d’aucune fiscalité.

Formule :

Rendement brut = (Loyer annuel / Prix d’acquisition total) × 100

Le prix d’acquisition total inclut le prix du bien + les frais de notaire + les éventuels frais d’agence.

Exemple : Studio acheté 100 000 € (+ 8 000 € de frais de notaire), loué 500 €/mois :

Rendement brut = (500 × 12) / 108 000 × 100 = 5,56 %

Le rendement brut est utile pour une comparaison rapide entre plusieurs biens, mais il est insuffisant pour évaluer la rentabilité réelle.

Le rendement net de charges : la vision plus réaliste

Le rendement net déduit toutes les charges non récupérables sur le locataire et les frais d’exploitation annuels.

Formule :

Rendement net = ((Loyer annuel - Charges annuelles) / Prix d’acquisition total) × 100

Charges à déduire :

  • Taxe foncière (non récupérable sur le locataire)
  • Charges de copropriété non récupérables
  • Assurance propriétaire non occupant (PNO)
  • Frais de gestion locative (si agence : 6 à 10 % des loyers)
  • Provisions pour vacance locative (généralement 1 à 2 mois par an)
  • Provisions pour travaux et entretien

Le rendement net-net : la vraie rentabilité après impôts

Le rendement net-net (ou rendement net après impôts) est l’indicateur le plus juste mais aussi le plus complexe à calculer. Il tient compte de la fiscalité applicable aux revenus locatifs.

Formule :

Rendement net-net = ((Loyer annuel - Charges - Impôts sur revenus locatifs) / Prix d’acquisition total) × 100


Exemple complet : studio à 100 000 €

Prenons l’exemple d’un studio en centre-ville acheté 100 000 € (bien seul), avec 8 000 € de frais de notaire et 2 000 € de travaux de rafraîchissement, soit un investissement total de 110 000 €.

Données de base

ParamètreValeur
Prix du bien100 000 €
Frais de notaire8 000 €
Travaux2 000 €
Investissement total110 000 €
Loyer mensuel hors charges550 €
Loyer annuel brut6 600 €
Provisions vacance locative (1 mois)550 €
Loyer annuel encaissé effectif6 050 €

Détail des charges annuelles

ChargeMontant annuel
Taxe foncière700 €
Charges copropriété non récupérables400 €
Assurance PNO150 €
Frais de gestion agence (8 % des loyers encaissés)484 €
Provision travaux et entretien500 €
Total charges2 234 €

Calcul des rendements

Rendement brut :

6 600 / 110 000 × 100 = 6,00 %

Rendement net de charges (avec vacance locative) :

(6 050 - 2 234) / 110 000 × 100 = 3 816 / 110 000 × 100 = 3,47 %

L’écart entre brut et net est déjà considérable : 2,53 points. C’est ce que « cachent » souvent les annonces d’investissement qui annoncent 6 % de rendement.


La fiscalité : comment elle réduit encore le rendement

Location nue au régime réel

Pour notre studio, les revenus fonciers nets imposables sont :

  • Loyers encaissés : 6 050 €
  • Charges déductibles réelles : 2 234 €
  • Intérêts d’emprunt (si financement à crédit) — assumons ici un achat comptant
  • Revenu foncier net : 6 050 - 2 234 = 3 816 €

Pour un propriétaire dans la tranche marginale d’imposition à 30 % :

  • Impôt sur le revenu (30 %) : 3 816 × 30 % = 1 145 €
  • Prélèvements sociaux (17,2 %) : 3 816 × 17,2 % = 656 €
  • Total imposition : 1 801 €

Rendement net-net :

(3 816 - 1 801) / 110 000 × 100 = 2 015 / 110 000 × 100 = 1,83 %

Soit un rendement réel de moins de 2 % pour quelqu’un à 30 % de TMI, sur un bien affiché à 6 % brut.

Comparaison selon les tranches d’imposition

TMIImpôt totalRendement net-net
0 % (non imposable)656 € (PS seulement)2,87 %
11 %1 076 €2,49 %
30 %1 801 €1,83 %
41 %2 222 €1,45 %
45 %2 375 €1,31 %

Ce tableau illustre pourquoi la fiscalité est le principal ennemi du rendement locatif pour les contribuables fortement imposés.


Le cash-flow : l’indicateur de trésorerie mensuelle

Le cash-flow est différent du rendement : c’est l’argent qui reste dans votre poche chaque mois, après paiement de toutes les charges et du crédit.

Formule :

Cash-flow mensuel = Loyer encaissé - Mensualité de crédit - Charges mensuelles moyennes - Impôts mensualisés

Simulation cash-flow pour notre studio à 110 000 € financé à crédit

Financement : 90 000 € de prêt à 3,7 % sur 20 ans.

  • Mensualité crédit + assurance : ~544 € + 20 € = 564 €
  • Charges mensuelles moyennes : 2 234 / 12 = 186 €
  • Impôts mensuel estimé (TMI 30 %) : 1 801 / 12 = 150 €
  • Loyer encaissé effectif mensuel : 6 050 / 12 = 504 €

Cash-flow = 504 - 564 - 186 - 150 = -396 €/mois

Ce studio génère un cash-flow négatif de 396 €/mois pour un investisseur à TMI 30 %. Cela ne signifie pas que c’est un mauvais investissement (la valeur patrimoniale peut s’apprécier, le crédit est remboursé par le loyer en partie), mais cela signifie que vous devez apporter 396 €/mois de votre poche.

Quand le cash-flow positif est-il possible ?

Un cash-flow positif est difficile à atteindre avec les prix immobiliers actuels dans les grandes villes. Il est plus réaliste :

  • En province avec des prix d’achat faibles et des loyers relatifs corrects
  • En LMNP avec amortissement (qui réduit l’imposition)
  • Avec un apport personnel élevé (qui réduit la mensualité de crédit)
  • En colocation ou en location saisonnière (loyers plus élevés)

Les outils pour améliorer le rendement

Levier 1 : Le LMNP (Location Meublée Non Professionnelle)

Le passage en location meublée permet d’accéder au régime de l’amortissement comptable, qui réduit (voire annule) l’imposition sur les revenus locatifs. Voir l’article dédié au LMNP pour le détail.

Levier 2 : Le choix du régime fiscal

RégimeConditionsAvantage
Micro-foncier (nu)Revenus < 15 000 €Abattement forfaitaire 30 %
Réel (nu)TousDéduction charges réelles + déficit foncier
Micro-BIC (meublé)Revenus < 77 700 €Abattement forfaitaire 50 %
Réel BIC (meublé)TousAmortissement + charges réelles

Pour notre studio (6 050 € de revenus locatifs), le régime micro-foncier avec abattement de 30 % donne :

  • Revenu imposable : 6 050 × 70 % = 4 235 €
  • Impôt (TMI 30 %) : 4 235 × (30 % + 17,2 %) = 1 999 €

Vs régime réel : 1 801 € — le régime réel est légèrement avantageux ici. La comparaison dépend de la proportion de charges réelles par rapport aux loyers.

Levier 3 : L’optimisation des charges déductibles

En régime réel, veillez à déduire toutes les charges éligibles :

  • Intérêts d’emprunt et frais de garantie
  • Travaux de réparation et d’entretien (pas les travaux d’amélioration pour la location nue)
  • Frais de gestion, de comptabilité
  • Primes d’assurance
  • Taxe foncière
  • Charges de copropriété non récupérables

Levier 4 : La colocation

Pour un appartement T3 ou T4, la colocation permet d’augmenter significativement le loyer global. Un T3 à Paris loué en colocation peut générer 30 à 50 % de loyers supplémentaires par rapport à une location classique, améliorant le rendement brut de manière significative.


Tableau comparatif de rendements par type de bien et zone

Type de bienZone géographiqueRendement brut indicatifRendement net estimé
StudioParis intramuros3 à 4 %1,5 à 2,5 %
StudioGrande ville (Lyon, Bordeaux)4 à 5,5 %2 à 3,5 %
StudioVille moyenne (Reims, Dijon)5,5 à 7 %3 à 5 %
T2/T3Paris intramuros3 à 4,5 %1,5 à 3 %
Immeuble de rapportPetite ville / périphérie7 à 12 %4 à 8 %
Local commercialVariable5 à 8 %3 à 6 %
Location saisonnièreZones touristiques8 à 15 % brutVariable

Ce qu’il faut retenir

Le rendement locatif brut est un indicateur de sélection rapide, pas de décision. Pour tout investissement sérieux, calculez le rendement net de charges (en déduisant toutes les charges réelles) et simulez l’impact fiscal selon votre tranche marginale d’imposition. Le cash-flow mensuel vous donnera la vision la plus concrète de l’impact sur votre trésorerie. Et n’oubliez pas : un investissement locatif ne se résume pas au rendement immédiat — l’appréciation du capital dans le temps et le remboursement du capital par les loyers font partie intégrante de l’équation patrimoniale globale.

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Philippe Moreau

Écrit par

Philippe Moreau

Ancien agent immobilier indépendant depuis 18 ans et spécialiste reconnu de l'investissement locatif et du premier achat immobilier. Passionné par la vulgarisation des aspects juridiques et fiscaux de l'immobilier, je rédige des guides pratiques pour aider les Français à investir intelligemment et éviter les pièges courants.

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